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UNE ARME À LA MAIN,

J'AI TRAVERSÉ LE DÉSERT

de Laurence Garret

Documentaire |  78 min | 2026 | France

À 18 ans, Daniel Torres, Mexicain résidant aux Etats-Unis sans papiers, s’est engagé dans le corps des Marines. Vétéran de la guerre d’Irak, il a ensuite été arrêté et expulsé vers le Mexique.
Après avoir remporté un procès contre l’administration américaine, il tente aujourd’hui d’aider ceux qui, comme lui, ont été bannis d’un pays pour lequel ils ont risqué leur vie.

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Crédits

Réalisé par Laurence Garret

Écrit par Laurence Garret et Juan-Manuel Sepúlveda

Avec Daniel Aaron Torres, Lucia Torres, Erasmo Garcia

Image : Laurence Garret

Son : Lucas Denis

Assistant.e.s à la réalisation : Alice Kerviel, Pablo Gleason

Montage image : Jeanne Oberson

Musique : Niki Demiller

Direction de la post-production : Jonathan Lester

Montage son : Marie Moulin, Thomas Besson

Mixage : Damien Favreau

Etalonnage, Forest Finbow, assisté de Matthias Herrmann

Une coproduction so-cle, Acqua Alta et LesterFilm

En coproduction avec Lyon Capitale TV

Avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine, du CNC, de la Région Bourgogne-Franche-Comté, de la Région Ile-de-France,

et l'accompagnement d'Alca

Festivals

2026 : Cinéma du réel / Compétition

Projections : dimanche 22 mars 13h30 et jeudi 26 mars 14h15 -- Billetterie 

Workshops et labs

2024 : Sélection au Festival Sœurs Jumelles / Prix Avant-Son (Rochefort)

2023 : Co-production Forum IndieLisboa  (Lisbonne)

2022 : Encuentro de Coproducción,  37° Festival Internacional de Cine en Guadalajara (Mexique)

2022 : Work in Progress Performance (Saint-Ouen, Paris)

2021 : New Visions Forum : Europe 2021, festival de Ji.hlava (République Tchèque)

Entretien croisé avec Laurence Garret et Daniel Torres

Par Judith Perrignon

Laurence Garret

Après avoir réalisé en 2002 VOYAGE EN AMNESIA, un premier film monté à partir d'archives familiales Super 8, Laurence Garret participe en 2008 aux Etats Généraux du Film Documentaire de Lussas avec LES CHEVEUX COUPÉS, produit par le Groupe de Recherches et d'Essais Cinématographiques. Le film est également présenté au Festival Premiers Plans à
Angers.
En 2012, elle se rend à Mexico, pour un essai documentaire EN NINGÚN LUGAR, DON LUIS BUÑUEL, auquel participent Denis Lavant et Jean-Claude Carrière. Le film est diffusé sur France
3 Corse et intègre le catalogue Images de la Culture/CNC.
En 2018, pour la collection, Cinéastes De Notre Temps, elle réalise POR LA LIBERTAD, un portrait du cinéaste mexicain Carlos Reygadas, présenté notamment aux festivals de Rotterdam et au BAFICI et diffusé sur Ciné+.

Laurence Garret anime depuis 2010 des ateliers en milieu scolaire pour la structure associative Le Cinéma, cent ans de jeunesse. Membre de l’Association des cinéastes documentaristes Addoc depuis 2015, elle participe aussi à l’Observatoire de la liberté de création.

POR LA LIBERTAD

Doc, 2017, 85 min, France/Mexique

IFF Rotterdam, 2017
BAFICI, 2017

Geneva IFF, 2017

Black Canvas/Festival de Cine Contemporáneo, 2018

Diffusion : Ciné+

 

EN AUCUN LIEU, DON LUIS BUÑUEL

Essai doc, 2014, 55 min, France

Atlantida Film Fest, 2014

Different 7 !/L'autre cinéma espagnol, 2014

Fonds Images de la culture/CNC

Diffusion : France 3 Corse

LES CHEVEUX COUPÉS

Fiction exp, 2008, N&B, 16 mm, 14 min; France

Prix du Jury au Festival du film court de Grenoble, 2008

Premiers Plans de Angers/Section Figures Libres, 2009

Festival international des jeunes réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz, 2009

Etats généraux du film documentaire de Lussas, 2008

 

L'OMBRE ET LA MAIN

Doc, 2017, 52 min, France

Diffusion : Histoire, TLM

LE TEMPS RETENU

Doc, 2005, 70 min, France

Diffusion : France 3 Rhône-Alpes

VOYAGE EN AMNÉSIE

Fiction exp, 2003, Super 8, 10 min, France

Judith Perrignon: Daniel, vous êtes né au Mexique, vous avez été un sans-papier aux Etats-Unis, puis un Marine américain, puis expulsé par les Etats Unis, vous vous êtes battu pour obtenir la nationalité américaine, mais comment vous définissez vous, d’où êtes vous? 

Daniel Torres: Je suis un mélange de tout cela. J’ai toujours dit que j’étais trop Mexicain pour être Américain, et trop Américain pour être Mexicain. Ma culture est définitivement mexicaine, mais une part de l’identité américaine repose sur un mélange de tout et de tout le monde. Je pense que je suis d’abord et avant tout un vétéran. C’est la communauté à laquelle j’appartiens.

 

Judith Perrignon: Donc, un survivant ? 

Daniel Torres: J’ai sans aucun doute appris à m’en sortir dans ce monde. Je suis né là où il n’y a rien, j’ai grandi dans une famille pauvre, en apprenant à survivre, à me débrouiller. Il m’a fallu longtemps pour me sentir sur un pied d’égalité avec les gens qui sont dans la norme, pour exister simplement. Une chose que personne ne comprend au sujet des immigrés, c’est que nous démarrons notre parcours avec des soucis et problèmes que les autres n’ont pas. Nous naissons avec un passif, et il nous faut parfois toute une vie pour arriver à rétablir l’équilibre. Mais arriver à ce moment là et il n’y a plus d’autre limite que le ciel. 

 

Judith Perrignon: Laurence, comment avez vous rencontré Daniel ?

Laurence Garret: J'étais à Tijuana en 2018 pour plusieurs mois. J’ai rencontré des vétérans déportés qui m'ont raconté leur histoire. Ces hommes avaient l'air cassé. Quelque chose dans leur regard m'appelait. Ils disaient que, même s’ ils étaient encore coincés à Tijuana, ils avaient de l'espoir parce que l’un d'entre eux avait obtenu réparation, et c’est alors qu’ils ont évoqué Daniel. Je l’ai rencontré grâce à un autre cinéaste, Rafi Pitts, qui avait fait travailler Daniel comme conseiller militaire sur son film (Soy Negro, 2017, ndlr).

 

Judith Perrignon: Daniel, comment Laurence vous a-t-elle convaincu de faire ce film? 

Daniel Torres: Elle n’a pas eu à me convaincre. J’ai toujours pensé qu’un film avait le pouvoir de changer le monde. C’est l’une des formes d’art qui peut élever les consciences. Ce n’est pas facile, mais ça vaut la peine d’essayer.

C’est toujours difficile pour moi de me voir à l’écran. J’ai trouvé bizarre de me retrouver devant une caméra, je n’en ai pas l’habitude, je n’ai jamais cherché la lumière, bien des gens trouvent mon histoire unique mais elle  ne l’est pas. Je ne suis pas particulièrement spécial mais vu que c’est tombé sur moi, que j’ai la possibilité de m’exprimer, j’essaye d’agir au mieux pour pouvoir aider le plus possible..

Laurence Garret: En parlant avec Daniel, je me suis rendue compte qu'il tenait un journal de sa vie. Il m’a laissée le lire et très vite la nécessité du film m'est apparue. Il y avait là une histoire, et moi je ne saurais parler d'une cause sans dérouler l’histoire particulière d'un être, c’est ainsi que la cause est entendable. Je me suis donc mise à écrire à partir de fragments de son journal. C’était pendant le Covid, je travaillais en collaboration avec un auteur et cinéaste mexicain, Juan Manuel Sepulveda, dont tous les films traitent des questions migratoires. J'écrivais une séquence, lui la suivante. C’était fluide. Ensuite, j’envoyais notre trame à Daniel. C'est comme ça qu'on a fonctionné.

Daniel Torres: J’ai commencé à écrire fin 2015. Mais juste pour moi. C’était une thérapie. Un moyen de contrôler mes émotions, ma santé mentale. J’étais dévasté d’avoir été rejeté par l’armée. Il m’ont écarté parce que je n’avais aucun titre de séjour légal aux Etats Unis. Je suis même parti en France, j’ai essayé de rejoindre la légion étrangère en 2011, mais j’ai échoué aux tests, j’ai une perte d’audition à gauche. Je suis reparti pour Mexico, et il m’était désormais impossible de rentrer aux Etats Unis. Les différentes administrations américaines ont commencé à expulser les vétérans dès 1996. Trump n’était pas encore président. Mais aujourd’hui on connait clairement le projet des Maga qui sont des fascistes et suprémacistes blancs 

 

Judith Perrignon: Il y a un très beau moment dans le film où vous dites,  « Ceux qui y ont cru, sont ceux qui souffrent le plus ». Vous avez cru vous à tout ce que les Etats Unis vous ont promis quand vous étiez plus jeune ? 

Daniel Torres: Oui! J’ai tout gobé quand j’étais jeune. Cette idée de faire partie des élus, parmi les plus fiers, cette idée de gagner ma place aux Etats Unis, cette idée de l’honneur, de me battre pour ce pays. Oui, ça me parlait. Ça résonnait avec les idéaux qu’on met dans la tête des gosses, vous savez toute la culture machiste. J’ai adhéré à tout. Et je pense que c’est pour ça que j’ai eu tant de mal après l’armée, quand la réalité m’a heurté brutalement et m’a poussé à abandonner tous mes rêves.

Laurence Garret: J'ai proposé à Daniel de prendre la route inverse de la trajectoire migratoire de sa famille, je voulais qu'on retourne à Tijuana, en traversant les paysages américains mythiques. Ils portent en eux une histoire sanglante puisque ces terres étaient mexicaines au départ, puisque les populations amérindiennes qui vivaient là ont été victimes d’un véritable génocide. La route, si importante dans l’écriture du rêve américain, se révèle être une impasse. J'avais aussi le sentiment qu’une voix off ne suffirait pas, je voulais quelqu'un avec lui, avec qui il puisse revisiter les moments de sa vie, quelqu'un qui puisse comprendre ses traumatismes. J’ai donc proposé à Daniel de demander à un de ses anciens compagnons de bataillon s'il serait d'accord. Et c’est Erasmo, avec qui il a combattu en Irak, qui a fait le voyage avec nous. Je savais qu’une fois au Mexique, on irait rencontrer sa famille, et puis d'autres vétérans déportés.

 

Judith Perrignon : Daniel, pourquoi êtes vous à Sidney maintenant?

Daniel Torres: J’avais besoin d’une pause. Je savais que si je restais dans le contexte actuel, j’aurais fini par me battre. Je suis encore un Marine américain. On est comme, ça, nous les Marines, on l’est jusqu’à la mort. Je prend mon serment très au sérieux. J’ai eu un accrochage avec ICE , la police de l’immigration, dans mon quartier, alors qu’ils arrêtaient quelqu’un. J’avais mon arme sur moi, j’ai vraiment failli m’en servir, et puis soudain je me suis dit, que j’en sortirais pas gagnant. J’ai vu clair et j’ai compris que je devais partir pour mon bien,  Je n’allais pas bousiller ma vie pour un pays qui ne me considère pas comme un être humain. Donc je suis à Sidney pour un an à l’école de cinéma. J’apprends à faire des films.

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FRANCE

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